intervention FCPE 89
Interventions du 12 avril 2006
pour la FCPE Joelle Grigor et Christine Crabbe
Nous sommes très bien représentés en lycée, collège mais peu en primaire. Il se développe surtout en primaire des associations locales de parent d’élèves, on rencontre ce phénomène aussi en collège. Les parents ont peur de s’engager, ne sont pas militants, ne souhaitent pas être étiquetés, préfèrent se battre pour « leur chapelle » mais ne s’intéressent pas à l’ensemble. L’Yonne, pour avoir comparé avec le reste de la Bourgogne, est beaucoup plus individualiste. D’ailleurs dès que l’on fait parti d’associations diverses on est étonné de rencontrer les mêmes personnes.
Il est très difficile de communiquer avec les parents adhérents et non militants. Les informations ont du mal à circuler. L’Yonne a pris un retard considérable avec Internet qu’elle commence à rattraper. La FCPE 21 envoie une très grande majorité de ces informations par le web alors que l’Yonne est encore obligé de faire des envois papiers. Ce qui rend notre vitesse de réaction plus lente. Le Conseil d’administration départemental est actuellement composé de 13 membres alors qu’il pourrait en compter plus de 20, notre éloignement rend très difficile notre coordination mais heureusement que nous correspondons tous par Mail.
Notre objectif est de permettre aux parents d’être informé et de défendre leurs droits, de les aider s’ils en ont besoin, d’échanger nos expériences, de s’unir pour faire évoluer le système scolaire pour le bien des élèves.
NOS CONSTATS PAR ORDRE D’IMPORTANCE
Nous allons être un peu pessimiste mais nous sommes souvent interpellés pour ce qui ne va pas et non pour ce qui va bien. Tous nos constats sont élaborés en fonction des témoignages de parents. Prise en charge des enfants en difficulté Dans de nombreuses écoles, nous rencontrons des enfants en difficulté qui ne reçoivent aucune aide par manque de personnel. On a constaté en CCPE, de plus en plus de dossiers, des cas de plus en plus difficiles. Cela nous inquiète et nous laisse penser que nous ne voyons que le haut de l’iceberg. Dans certains endroits du département pas de réseau ou Rased, de manière plus générale sur le département pas assez d’infirmiers, pas assez de médecins scolaires pas assez d’assistantes sociales, pas assez de psychologues. Des équipes éducatives qui n’arrivent pas à se réunir.
Pas de pédopsychiatre dans l’Yonne en libéral. Plus de place en cabinet privé. Environs 6 mois d’attente pour un rendez vous en CMP ou CMPP. Idem pour les orthophonistes qui ont des listes d’attente pour faire des bilans et pour les suivis.
De plus en plus d’enfants dans le département ne mangent pas à leur faim, les parents n'ont plus d’argent pour la cantine et les internats. On passe complètement à côté de la misère. Lorsqu'enfin on se rend compte de problèmes, il est souvent très tard pour mettre en place de l’aide.
Nous constatons tous dans les campagnes des familles extrêmement démunies qui sont "oubliées" tant les services sociaux du département sont débordés ou inexistants.
Autre exemple : Sens, depuis quelques années, on voit des personnes sans ressources ou presque venant de région parisienne qui pensent que les choses iront mieux en province, ce qui n'est pas le cas.
La violence des jeunes est de plus en plus répandue et se généralise, les parents ne savent plus comment répondre, les jeunes se sentant inutiles et complètement démotivés.
Si l'offre sportive est assez développée avec une multitude de club et d’infrastructures, l'offre culturelle est très faible voire inexistante. Cela nous semble un facteur aggravant des difficultés scolaires des enfants touchant comme d'habitude les plus défavorisés socialement.
En secteur rural, si ce n'est pas un fait nouveau que les jeunes trouvent un exutoire dans la boisson, ce qui était surtout réservé aux garçons touche maintenant de plus en plus les filles. De plus, on constate une très nette augmentation des prises de drogue douce. C’est rentré dans les normes alors que c’était plutôt un problème urbain.
Pour les populations en grande difficulté, on connaît le rôle éducatif et de socialisation des classes de maternelle. Le faible taux de scolarisation des deux ans et demi a été souligné, les refus d’inscription ayant comme prétexte les effectifs et les locaux. Là encore nous estimons que c’est un facteur aggravant.
On demande aux parents de tout connaître : les procédures, les interlocuteurs, les rouages des administrations. Il y a un manque énorme de clarté, de remèdes, d’écoute et d’aide concrète. Il n’est pas péjoratif, ni excessif de dire que nous avons besoin de formation pour comprendre. Nous essayons de mutualiser nos expériences. Mais c’est très difficile.
Par exemple : pour avoir une AVS auprès d’un enfant avec handicap, il faut que le parent en fasse la demande et la motive, remplisse des dossiers. Combien de parents dépassés par la tâche ?
Nous avons beaucoup d’inquiétude sur la capacité de la Maison du handicap a réglé les problèmes des élèves dépendant de l’AIS vu le nombre de dossiers à traiter et les procédures très lourdes pour les parents.
Beaucoup de parents emploient l'expression « parcours du combattant » lorsqu’ils ont un enfant en difficulté et cela quelque soit le niveau de difficulté.
Le parent perd confiance dans le système scolaire, ne comprend plus, se sent écarté et seul avec ses problèmes, on s’emploie aussi quelque fois à le culpabiliser.
Lorsqu’une opposition apparaît entre parent et enseignant, les parents sont difficilement entendus, on prétend souvent qu'ils veulent régler un conflit de personne qui dépassent les enfants ce qui n'est que rarement le cas. Il y a dans l'Yonne, des cas d'enseignants ayant des effets néfastes sur les enfants, les parents soutenus par des médecins ou pédiatres, ne sont pas entendus. Parfois les IEN semblent en accord avec les parents mais disent ne pas pouvoir agir. L'enseignant change alors souvent d'école, on déplace le problème, sans le résoudre.
C'est un problème qui devrait toucher aussi les syndicats d'enseignants car l'IA ne met pas non plus en place une aide pour ces enseignants en difficulté. Or on constate souvent un soutien des enseignants par les syndicats même si le cas n'est pas "défendable"
On parle de partenariat mais on a l'impression que cela ne reste qu'à l'état de discours, car lors de la mise en place ou la signature de CEL ou Comité de pilotage divers, les parents ne sont pas conviés.
Il faut réinstaurer la confiance des parents envers l’Éducation nationale, ne pas prendre les parents comme des intrus mais comme des partenaires mais cela ne peut pas se faire sans la formation des enseignants aussi sur ce thème.
« Ouvrir sa classe » expliquer aux parents ses méthodes de travail, les programmes, son organisation est déjà un premier point. Cela parait une évidence mais c’est loin d’être toujours le cas.
A noter également l’absence d’élection dans certaines écoles.
Les méandres de l’Orientation
Là aussi, les parents ont l’impression d’un parcours du combattant. Comment connaître toute l’offre de formation offerte à nos enfants ?
Les parents déjà en difficulté choisissent les formations qu’ils ont à proximité de chez eux, « Moins cher, moins de tracas, quelque fois peu d’ambition, désabusé, de toute façon ils iront pointer au chômage alors à quoi ça sert... ». Le rectorat répond par le peu d’offres de formation en zone rural.
Les parents qui peuvent s’investir n’ont pas forcement tous les renseignements. L’exemple des journées "portes ouvertes" est flagrant. Il faut téléphoner aux différents établissements pour avoir les dates même au sein de notre département, alors ne parlons pas au niveau académique. De plus, les documents pour aider à l’orientation arrivent souvent trop tard.
Trop d’élèves sont encore orientés par défaut. Peu ou pas de réponse pour le jeune en difficulté scolaire.
On constate un manque très important de passerelles si le jeune souhaite continuer ou changer d’orientation. Il n’y a pas ou pratiquement pas de BEP en 1 an suite à une seconde générale, de première d’adaptation ou encore d’année complémentaire au bac professionnel pour une mise à niveau afin de suivre correctement un BTS.
Beaucoup d’élèves motivés pour continuer leurs études, démissionnent car ils sont perdus. Passer d’une formation concrète à une formation plus théorique leur est difficile. Le palier est souvent trop haut. Souvent les parents et les jeunes avant de choisir une section ne savent pas en quoi elles consistent ainsi que les matières qui y seront enseignés. Exemple d’une élève motivée, avec avis favorable des professeurs en Bac pro secrétariat qui avait demandé un BTS de gestion PME-PMI. D’étude de cas concrets, elle est passée à l’étude des systèmes économiques et politiques. Elle n’avait pas le décodeur scolaire pour comprendre. Elle a commencé à déprimer, à se sentir nulle. Résultat, elle a démissionné et a pointé à l’ANPE.
Il faut permettre aux élèves de se tromper, de changer de voie, de revenir à un cursus scolaire même si au départ, ils avaient choisi un cursus professionnel et ne pas seulement les prendre que s’il y a de la place. On connaît quelques exemples de jeunes ayant quitté l’école pour travailler, qui y sont revenus pour passer leur bac et continuer très motivés.
Il faut absolument mettre en place des suivis, des parcours personnalisés et des projets individualisés pour tous les enfants.
Il faut arrêter d'orienter les élèves par l'échec et valoriser l'enseignement professionnel.
Les enseignants sont démunis, souvent seuls sans soutien devant des situations difficiles. Dans son cursus, il n’a pas appris à remédier à certaines situations et difficultés, à empêcher qu'elles ne dégénèrent.
La formation est trop courte, pas ou peu de formation à propos des enfants à besoins spécifiques, ni à propos de la coéducation et le rôle des parents.
Les enseignants sortant de l’école ne savent pas ce qu’est un parent ni ce que sont leurs droits au sein de l’école. Ils ne connaissent pas les notions de coéducation et de partenariat.
A l’IUFM 89, il y a eu refus de former les enseignants en formation initiale sur les enfants souffrant de difficultés comme les dyslexiques. De même que nous avons eu connaissance d’enseignants de collège ayant souhaité avoir cette information, on leur a répondu que ce n’était pas possible car ils enseignent des matières différentes. Pendant de nombreuses années, on a pallié le manque de postes d’enseignants en recrutant sur listes complémentaires ou en vacation, on lâchait sans formation ces futurs enseignants devant la responsabilité de classe et surtout d’enfants.
Il arrive également que de jeunes enseignants se retrouvent sur des postes de direction vacants, le poste alors doit passer en mouvement chaque année. Ceux qui voudraient alors rester ne le peuvent pas souvent.
Un des soucis que nous avons découvert dans nos rapports avec le Rectorat et l’Inspection est qu’ils travaillent par année scolaire. Lorsque les parents leur signalent un dysfonctionnement, les lettres sont archivées en fin d’année scolaire. Si le dysfonctionnement dure plusieurs années. Les parents doivent informer le Rectorat ou l’Inspection en début d’année scolaire en espérant que le problème soit pris en compte et trouve une solution avant juin. Sinon on recommence...
Les regroupements pédagogiques ou les fusions sont sûrement un bien pour ne plus laisser des enseignants isolés en zone rural mais justement les problèmes de transport deviennent un paramètre à prendre en compte.
Le point positif, c’est qu’ils sont gratuits pour le rural par le Conseil général de la maternelle au lycée mais dans certaines agglomérations comme Joigny des élèves font plusieurs kilomètres à pied pour se rendre dans leurs établissements car les transports coûtent trop cher aux familles.
Pour le premier degré, on constate que des enfants dès la petite section de maternelle ont plus d’1 heure 30 de transport de bus par jour, souvent sans accompagnateur sous la responsabilité des enfants de Cours moyens et du chauffeur. Certains n’ont même que 20 min pour manger.
Pour le second degré, ce sont des jeunes qui changent plusieurs fois de bus et effectuent 1 heure de transport le matin et 1 heure le soir. Vous imaginez leur fatigue pour les devoirs.
Des familles préfèrent que leurs lycéens fassent un trajet journalier très long plutôt que de laisser leurs enfants dans un internat payant.
Pour les enfants en apprentissage, le CIFA a déjà abordé le manque d’aide au financement des transports et le manque de transport.
Notre constat provenant de témoignages, il ne reflète que ce l’on connaît et ce qui remonte des expériences de chacun. Mais est-ce bien réel sur tout le département ? Nous souhaitons que l’étude nous apporte une vision concrète et objective de la situation socio-économique et éducative dans l’Yonne.
Premier point :
Comment évaluer sur le département l’importance des mises en place et des suivis des parcours personnalisés ou d'aide aux enfants en difficulté ? Ainsi que leurs effets ?
Second Point :
Le travail consistant à mettre en place une véritable coéducation avec tous les acteurs intervenants auprès de l’enfant, parents, enseignants, associations, collectivités, service de l’état, afin d’encadrer l’enfant et l’aider à trouver sa place de citoyen est encore à construire.
Nous devons tous avoir le même objectif. Tous, nous souhaitons le bien de l’enfant. Faire un peu, chacun dans son coin n’est pas la bonne solution. Il nous faut donc tous agir dans le même sens et surtout ensemble.
Il nous semble alors important que l'étude fasse un point sur l'impact des relations parent enseignant et réussite scolaire.
Y a t-il dans le département des politiques conjointes entre les enseignants d'une école ou d'un regroupement et des élus en direction des parents dans un esprit de coéducation ?
Troisième point :
Quels sont les dysfonctionnements dans l’offre de formation de enseignants de l’IUFM 89 et quelles en sont les conséquences directes sur les élèves ?
La faible scolarisation des 2 ans entre-t-elle en cause dans l’augmentation du nombre des élèves en difficulté ?
Les difficultés lié aux transport ont ils des influences sur les élèves ?
Quel impact peut avoir l’absence ou la faiblesse d'offre culturelle sur la difficulté scolaire ?