"Orientation" Intervention au CESR
Les méandres de l’Orientation
Les parents ont l’impression d’un parcours du combattant.
Comment connaître toute l’offre de formation offerte à nos enfants ?
Une brochure éditée par l’ONISEP et le conseil régional est donnée aux parents. Mais pour certains parents, elle doit être difficile à comprendre.
Les sigles même s’ils sont expliqués de temps en temps perturbent les parents.
Exemple d’un document où l’on demande aux parents de choisir une option pour leurs enfants en 3ème DP3H ou DP6H sans aucune explication.
Pour ceux qui ont les clefs pour faire des recherches avec leurs enfants, la démarche semble plus simple mais ils doivent aller à la pêche aux renseignements. Ils effectuent leurs recherches en achetant des publications, sur Internet, en contactant les établissements et en se déplaçant pour les visiter
Mais les parents qui peuvent s’investir n’ont pas forcement tous les renseignements.
L’exemple des journées portes ouvertes est flagrant. Il faut téléphoner aux différents établissements pour avoir les dates, même au sein de notre département. Alors ne parlons pas du niveau académique, ou pour l’Yonne, des académies limitrophes, avec les offres des départements de l’Aube et du Loiret. De plus, les documents pour aider à l’orientation arrivent souvent trop tard. Un effort est fait avec certaines dates notées sur la brochure ONISEP régionale ou sur les suppléments « orientations » des journaux locaux mais encore faut-il les avoir à temps.
Des salons d’orientation dans chaque département existent mais ils ne correspondent pas toujours aux demandes et présentent plutôt les établissements scolaires ou des métiers en fonction des intervenants que l’on aura trouvé.
Petite expérience d'un élève de bac L: rien pour lui dans le forum des métiers d'Auxerre qui semblent ne s'adresser qu'aux bacs pro ou aux S.
Les jeunes de 3ème venant dans ces salons accompagnés de leurs parents ou de leurs profs n’ont souvent aucune idée de leur choix futur et n’en savent pas plus en sortant. Par contre quelque fois on peut faire des découvertes comme la filière pisciculture de la Nièvre présente à un salon d’Auxerre.
Concernant les salons il faudrait que les parents soient informés de tous les salons bourguignons. En faisant des recherches, j’ai appris qu’il y avait un salon post bac à Dijon pas du tout annoncé dans l’Yonne.
Pour les enfants en difficultés scolaires, l’initiative de leur permettre de faire des stages dans différents domaines est une alternative intéressante. Le jeune aura une idée plus précise de ses aptitudes et de ses envies face aux choix professionnels et les compétences qu’il lui faudra acquérir. Mais 3 heures ou 6 heures par semaine de découverte professionnelle pour les jeunes de 3ème ne supportant plus le système scolaire est-ce suffisant ? Les 3ème Insertion ou comme, en Maison rurale et familiale, les 4ème et 3ème alternance sont des solutions que l’on ne peut pas écarter car elles fonctionnent. Les parents déjà en difficulté choisissent les formations qu’ils ont à proximité de chez eux,
« Moins cher, moins de tracas, quelque fois peu d’ambition, désabusé, de toute façon ils iront pointer au chômage alors à quoi ça sert ». Le rectorat répond par le peu d’offres de formation en zone rural. Pour la voie lycée technique ou générale, on donne beaucoup plus de documentations alors que pour la voie apprentissage, le collège n'a pas de document. On a l'impression que la voie apprentissage est dévalorisée par les intervenants de collège.
LES OFFRES
Trop d’élèves sont encore orientés par défaut. Peu ou pas de réponse pour le jeune en difficulté scolaire.
On constate un manque très important de passerelles si le jeune souhaite continuer ou changer d’orientation.
Il n’y a pratiquement pas de BEP en 1 an suite à une seconde générale. De très nombreux parents ou enseignants ne connaissent pas cette possibilité.
D’ailleurs, je viens moi-même d’apprendre en feuilletant les brochures pour cette audition qu’il existait maintenant des bacs professionnels en 3 ans en sortie de 3ème. Il n’y a pratiquement plus de première d’adaptation qui permettait à un bon élève de BEP de revenir dans une filière de baccalauréat technologique. Beaucoup d’élèves motivés pour continuer leurs études, démissionnent car ils sont perdus. Passer d’une formation concrète à une formation plus théorique leur est difficile. Le palier est souvent trop haut. Il n’y a pas d’année complémentaire au bac professionnel pour une mise à niveau afin de suivre correctement un BTS. Souvent les parents et les jeunes avant de choisir une section ne savent pas en quoi elles consistent ainsi que les matières qui y seront enseignés.
Exemple d’une élève motivée, avec avis favorable des professeurs en Bac pro secrétariat qui avait demandé un BTS de gestion PME-PMI. D’étude de cas concrets, elle est passée à l’étude des systèmes économiques et politiques. Elle n’avait pas le décodeur scolaire pour comprendre. Elle a commencé à déprimer, à se sentir nulle. Résultat, elle s’est découragée et a abandonné ses études.
Il faut permettre aux élèves de se tromper, de changer de voie, de revenir à un cursus scolaire même si au départ, ils avaient choisi un cursus professionnel et ne pas seulement les prendre que s’il y a de la place. On connaît quelques exemples de jeunes ayant quitté l’école pour travailler, qui y sont revenus pour passer leur bac et continuer très motivés.
Il faut arrêter d'orienter les élèves par l'échec et valoriser l'enseignement professionnel.
Dans l’orientation, il y a deux problèmes : le choix de la filière et l’affectation. L’affectation joue sur l’orientation de l’élève.
Affectations
Le Pam a réglé un certain nombre de problème d’affectation sorti de 3ème mais certains enseignants obligent les jeunes et les familles à émettre des deuxièmes et troisièmes voeux complémentaires au cas où le jeune n’aurait pas son premier voeu, voeux par défaut qui ne plaisent pas forcement aux enfants. Un certain nombre de parent ne comprennent pas les implications qu’engendreront leurs réponses. Si l’enfant a choisi une section qu’il souhaite, il devrait savoir qu’il faut choisir cette même option dans plusieurs établissements même hors département et non des voeux différents. De nombreux enfants se retrouvent dans une section qu’il ne souhaitait pas parce que l’enseignant lui aura dit de choisir une autre section par défaut au cas où. Dans le même temps, un enfant et la famille souhaitant aller dans un seul établissement ne choisiront que des sections et options de cet établissement sans forcement penser au projet professionnel. Transport et Internat Ce sont des postes déterminants dans les choix des parents. Ce qui ne devrait pas être le cas. Seul le choix de l’orientation futur devrait compter. En zone rurale les transports scolaires journaliers dans l’Yonne pour les collèges et les lycées sont gratuits. Des familles préfèrent que leurs lycéens fassent un trajet journalier très long ou choisissent une section proche de leur domicile plutôt que de laisser leurs enfants dans un internat payant faute de moyens financiers. C’est aussi très compliqué au niveau régional. Les temps de transport sont très longs. Les élèves intégrant des lycées à sections spécifiques ne sont pas du tout aidés financièrement. Les familles même si elles bénéficient de cartes de réduction consacrent un très gros budget aux transports scolaires de leurs enfants. L’aide forfaitaire du Conseil général dépasse rarement les 250 euros et est versé au mois d’août suivant.
Un jeune icaunais faisant des études de Bac pro dans la Saône et Loire dépense une somme annuelle astronomique pour un petit budget en transport ferroviaire : 110 euros par mois soit 1100 euros annuel pour une famille au SMIC est un gros sacrifice. Il faut que la famille et le jeune soient très motivés sinon l’arrêt des études est très rapide.
Les enfants en apprentissage dans notre département ne sont pas prioritaires dans le transport scolaire en bus. Ils doivent souvent se débrouiller seuls, ce qui en démotive quelques uns.
En outre, notre département est très mal desservi en transport public. Ce qui compliquent les déplacements des jeunes non motorisés.
Financièrement, il existe un dossier d’aide départementale pour les jeunes apprentis mais le dossier est lourd à remplir et peu savent qu’il existe.
Les aides au sein des différents départements sont très inégales.
DIVERS POINTS
On demande dans les différents cursus professionnels d’effectuer des stages en entreprise or il est de plus en plus difficile de trouver des employeurs qui acceptent quelque soit la durée ou le niveau du stage.
L’alternance pour les cursus post bac est aussi difficile. Pas du tout d’offres dans les bourses à l'emploi.
Le monde de l’entreprise parle avec enthousiasme de l’alternance mais sur le terrain, les jeunes post bac peinent à trouver des entreprises.
Si la formation post-bac n’est pas sur notre région, il faut également mettre en place des aides régionales pour soutenir nos étudiants bourguignons à continuer leurs études.
Cas d’un élève icaunais ayant fait ses études techniques de la seconde au BTS sur Dijon qui souhaitait continuer son cursus en école d’ingénieur par alternance. Auxerre n’a pas retenu son dossier en école d’ingénieur mais il a été relancé plusieurs fois pour la licence professionnelle. Lui souhaitant réellement être ingénieur a passé ses concours et a été pris à Toulouse. Seulement sur toutes les demandes qu’il a faite, la seule entreprise qui ait répondu positivement pour son alternance était à Dijon, sa chance est qu’il y avait fait son stage de BTS. Seulement maintenant, il lui faut gérer ses deux hébergements et ses transports. Etant apprenti, il n’a plus droit aux bourses mais il ne se gagne que 500 euros mensuel en tant apprenti ingénieur ce qui est nettement insuffisant pour tout combler. Les parents n’ont plus aucune aide pour lui. Une bourse de soutien lui permettrait de continuer ses études sans qu’il ne soit découragé par les contraintes financières.
Conclusion
Même si l’on constate une amélioration dans la diffusion des informations liées à l’orientation de nombreux parents et adolescents restent perdus.
Il faut que les intervenants de l’orientation connaissent parfaitement les offres de formations et leurs contenus afin d’être de véritables référents pour les parents.
Si l’on réduit dans les départements les offres de formation dans les lycées, il faut en complément améliorer les services de transports publics départementaux et régionaux et augmenter les aides aux transports afin que chaque étudiant ait les mêmes chances.
Il faut absolument mettre en place des suivis, des parcours personnalisés et des projets individualisés pour tous les enfants.