Conférence "Comprendre et accompagner les adolescents au collège" n°1

Publié le par fcpe89

le comte rendu de cette conférence étant dense, Il sera découpé en plusieurs parties.

Auxerre, 23 mars 2007

Nicole Catheline
Comprendre et accompagner les ados
durant les années - collège

Partie n°1

 

1) L’adolescence est une notion définie par la société

Depuis près de trente ans, je m’occupe des adolescents, surtout dans leurs rapports avec l’école, et on constate que les choses ont beaucoup évolué du côté de la façon dont l’adolescence est perçue par l’éducation nationale et la société, et aussi par les médias.

Il faut d’emblée préciser que, si tous les individus font une puberté, tous ne font pas une adolescence : il existe une différence entre ce qui a trait à la biologie (les phénomènes pubertaires) et ce qui a trait à l’adolescence. L’adolescence est un luxe. C’est une période qui est offerte aujourd’hui aux individus. Autrefois, lorsqu’ils en avaient la force physique, les enfants travaillaient aux champs ou à l’usine. Ils faisaient leur puberté, bien sûr, mais n’avaient pas d’adolescence. Aujourd’hui, on leur offre une période pour qu’ils ne reproduisent pas à l’identique ce qu’ont fait leurs parents. A partir du moment où l’on décide que la société doit évoluer, reproduire à l’identique ce qu’on fait les générations précédentes ne sert à rien. L’adolescence existe car la société décide que cette évolution est nécessaire.

 

Donc, si une société offre ce luxe aux adolescents, c’est parce qu’elle attend quelque chose d’eux en retour. Et c’est là où les choses commencent à se gâter, c’est-à-dire qu’on fait comprendre aux adolescents : « Voilà, tout ce temps là est pour toi, mais tout ce que tu vas faire, c’est de ton fait,…. Et si tu te trompes, c’est de ton fait. ». Avec les risques de « ratage » que cela comporte. L’adolescence est une notion définie par la société. Le corollaire de cela, c’est que les ados interrogent la société en permanence, ils attendent quelque chose de la société. On a le sentiment qu’à force de parler des adolescents, en disant : « c’est normal, ils font leur crise, c’est une période troublée, etc », on a tendance à « attendre que ça passe », sans trop s’en préoccuper. Or, cette période là est destinée à créer, à faire quelque chose. D’un côté, on dit : « c’est une période troublée, il faut les laisser faire » ; de l’autre, on leur demande de faire des choses, de se déterminer, car nous adultes, on a une certaine idée de ce que l’on voudrait qu’ils fassent. Les adolescents d’aujourd’hui se trouvent pris dans ce paradoxe total. Ils attendent qu’on leur montre le chemin. « Vous attendez quelque chose de nous, disent-ils, d’accord, mais quoi ? »

Par ailleurs, notre société valorise tout ce qui est du côté de la jeunesse, de l’objet de dernière génération. Daniel Marcelli, dans un ouvrage intitulé « L’enfant, chef de la famille ; l’autorité de l’infantile » a montré que ce qui est valorisé aujourd’hui, ce n’est plus le savoir et l’expérience mais la technologie de dernière génération ( la Playstation 3 est bien meilleure que la 2, qui elle-même était mieux que la 1…, Ipod shuffle, mieux que le MP3 de base, etc). En termes humains, en termes relationnels, une personne plus âgée a plus d’expérience que quelqu’un de jeune. Or, on se trouve dans une situation où notre société a tendance à valoriser la flexibilité, la jeunesse, la modernité au détriment du savoir, de l’expérience. Ce n’est pas un hasard si les ados nous disent parfois : « c’est ça que vous attendez de nous, qu’on vous bouscule, qu’on soit jeune, moderne etc, eh bien, on va le faire ! » Ce que les ados disent et font, c’est tout simplement un écho de la société où ils évoluent. On a les ados que l’on mérite. Si on veut qu’ils changent, c’est à nous de changer.

 

Conséquence de cette survalorisation de ce qui est jeune ou de dernière génération : le fait que beaucoup de parents viennent nous consulter dès que leur enfant de sept ou huit ans (parfois même de cinq ou six ans) s’oppose à eux. Ils nous disent : « ça commence tôt, chez lui, l’adolescence ; qu’est-ce que ça va être plus tard ! » Toute tentative d’opposition et d’échappement à l’autorité parentale est vécue comme un fait d’adolescence alors que ce n’est pas le cas. En fait, à travers ce type de comportement parental, on peut lire à la fois une certaine compréhension, voire une certaine admiration mais aussi une crainte des adultes envers les ados. Ainsi, la société n’arrête pas d’envoyer des messages contradictoires aux adolescents.

 

2) Quand commence et quand finit l’adolescence ?

 

L’adolescence est une période qui recouvre plusieurs phénomènes : le bouleversement pubertaire, les changements psychoaffectifs et des remaniements sociaux.

 

L’adolescence commence vers l’âge de treize ans. Avant, les enfants jouent à être ados, mais ils ne le sont pas encore.

La borne de « sortie » est plus difficile à fixer. Autrefois, il y avait des rituels pour cela : le mariage, le service militaire etc. Aujourd’hui, il n’y en a plus, chacun la borne où il veut et l’on a souvent du mal à trouver la sortie. On sort de l’adolescence assez tard, quand on a des responsabilités. L’adolescence dure environ une dizaine d’années.

L’adolescence ne commence pas avant la cinquième ou la quatrième. Les enseignants le disent bien d’ailleurs : en sixième, ils sont encore « adorables », ils s’intéressent à tout, ont envie de connaître, de savoir etc. En cinquième, ils connaissent déjà le collège, ils ont une impression de « déjà vu » et, dans le même temps arrivent les premières difficultés pubertaires, ils commencent alors à « se lâcher ». les classes deviennent plus turbulentes. Le problème, c’est que notre société a tendance (pour des raisons de marketing et autres) à les considérer déjà comme des ados, alors que ce n’est pas vrai. Il y a toute une période, dite de la « pré-adolescence » durant laquelle les enfants vont endosser l’identité d’ « ados » parce que ça les arrange. On a l’air de les valoriser et ils apprécient. Bien des jeunes enfants ont envie de faire comme les aînés. De plus, ils ont tous les avantages de l’adolescence sans en avoir encore les inconvénients. Ils commencent alors à s’opposer, à mettre les adultes en question, mais ils ne connaissent pas encore tous les bouleversements psychiques de l’adolescence. Il faut prendre garde à cela car, comme on le disait plus haut, tout comportement d’opposition ne veut pas dire qu’on est dans l’adolescence.

 

3) Ne pas avoir peur des adolescents

 

Lorsqu’une société commence à avoir peur de la génération qui la remplace, il faut s’inquiéter un peu. Si on continue à faire des discours alarmistes sur le fait que les ados vont mal, etc, ou que ce sont des trublions, on ne va pas arriver à grand chose. Si, en revanche, on se dit que c’est difficile pour eux, et pour nous, si on regarde la réalité en face, alors on fera peut être quelque chose de bien. C’est un beau défi à relever et ça en vaut la peine. Si on offre aux ados cette période là, c’est pour les aider à développer leur créativité, leurs différences, leur originalité… Pour résumer, en tant qu’adultes, nous ne pouvons les laisser faire tout et n’importe quoi sous prétexte que « c’est une crise » et que « ça va passer », ni les visser, les encadrer, les mettre en internat sous prétexte que ce sont des trublions dérangeants. L’internat, c’est une solution valable pour quelques uns, pas pour tous. Nous devons au contraire nous demander comment leur baliser le chemin, comment les aider afin qu’ils puissent faire de leur vie quelque chose d’intéressant.

En fait, près de 90 % des adolescents vont bien (enquête récente de l’Inserm). le vrai problème, c’est que les 10% restants vont très très mal. Souvent, ils font la une des médias, mais ce n’est pas la majorité. Les parents doivent se rassurer : la tâche, certes, c’est pas facile, mais c’est intéressant et c’est pour les conduire sur des chemins voies qui sont intéressantes pour eux.

Autrefois, pour les adultes, cela semblait plus facile car on leur demandait d’obéir, un point c’est tout. Mais ce que l’on omet de dire, c’est qu’avec ce type d’éducation, il y avait beaucoup de conflits d’autorité avec les parents, voire de névroses. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, on ne remplit plus les divans des psychanalystes avec ce type de névroses, mais il existe d’autres pathologies dites « narcissiques » affectant des jeunes qui souffrent de ne pas parvenir à se réaliser.

Il ne faut jamais perdre de vue que c’est parce que nous sommes des parents imparfaits que nos enfants peuvent nous dépasser (on sait combien les enfants de gens célèbres ou qui ont connu une vraie réussite dans un domaine donné ont du mal à trouver leur propre voie, leur propre épanouissement). Il y a une histoire célèbre : une patiente de Freud, lorsqu’elle s’est trouvée enceinte, a demandé au psychanalyste comment il fallait qu’elle élève son enfant ; Freud lui a répondu : « Faites ce que vous voulez, Madame, de toute façon, ce sera mal ! ». Il avait raison, en un sens, car en termes d’éducation, il n’y a pas de perfection ni de « bons » ou de « mauvais » modèles. C’est plutôt bien d’être imparfait, mais il faut se mettre au travail !

 

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